"Amigos,
Maintenant que la compétition par élimination directe a commencé, c'est une autre danse. Ça se voit que dorénavant, Domenech, il veut qu'on l'appelle Monsieur. Déjà, à la conférence de presse, il est entré sous l'ovation des journaleux, Duluc et Verdez ont fait la ola, Jean-Philippe Doux multipliait les courbettes et Pascal Praud a entamé en lui disant qu'il n'avait pas vu une aussi belle équipe depuis le Nantes de José Arribas à la grande époque. Et encore, là, ce n'est que le Togo, qu'on avait battu ! Attend qu'on gagne la Coupe du Monde (arrêtez de rigoler), qu'est-ce que ça va être ! On a même Chirac qui, dans une interview pour s'expliquer sur ses conneries (enfin, sur les dernières, sinon il faut plusieurs mois non stop), a dit qu'il croyait encore à une finale France - Brésil. Lui, même quand il parle de choses qu'il ne connaît pas, il arrive à être à côté de la plaque. En revanche, quand Domenech est revenu nous voir, l'ambiance était tout autre. Déjà, Thuram, Barthez et Makelele étaient au pieu, Gallas et Wiltord continuaient leurs picolo-dominos enflammés (ça, ça veut dire que le verre de rhum, il le boivent en train de cramer), Henry continue d'embrigader n'importe qui pour le latter à la Playstation (le dernier en date, c'est le jardinier, un plouc allemand qui depuis, est traumatisé et danse à poil devant les taupes) et nous, on papotait tranquillement avec les cartes et le pastis, à part Chimbonda, lui, il reste planté devant la télé en attendant toutes les rediffusions des Guignols, il en profite, il n'aura pas toujours l'occasion d'être la vedette.
Donc, là, Domenech, il a demandé à Sagnol de tous nous rameuter, après avoir demandé avant à Coupet (mais lui, à chaque fois, on lui rie au nez) et arrivés dans la salle, on a eu une surprise, il y avait un gros carton et Domenech nous a dit qu'il y avait une personne que ça nous ferait plaisir de voir dedans. Ribéry voulait une femme nue, Henry un concepteur de PES (parce qu'il trouve qu'il est sous-côté dans les qualités et que normalement, contre une vraie défense et avec un arbitre honnête, c'est à l'aise cinq buts par match), Landreau espérait Tatayet, Coupet Joël Bats et moi Jaro histoire de me foutre de sa gueule. En fait, la surprise, c'était Cissé, il a eu du mal à sortir du carton, Govou l'a trouvé sacrément amoché mais on lui a expliqué que c'est sa vraie coiffure et qu'il n'a pas de cicatrices mais des tatouages. Mais bon, on est d'accord, ce n’est pas beau à voir. Là, Domenech a voulu commencer à nous parler de l'Espagne mais Dhorasoo a demandé si maintenant que Cissé est revenu, on ne pouvait pas jeter Govou dans la benne à ordure, Coupet a crié au scandale comme quoi on voulait attenter à la santé des Lyonnais, ça a fait rigoler Wiltord et Abidal, Diarra a dit que Dhorasoo a raison et que l'expérience de quelqu'un qui a connu les sommets de la Champions League, ça peut être utile et là, ça a été le drame. Coupet est devenu fou, il a voulu casser la gueule de Dhorasoo qui s'est planqué sous sa chaise, après il a clamé que puisque c'était comme ça, il partait chez lui et qu'on serait bien embêté quand Barthez sera blessé et a mis une baffe à Landreau. Finalement, il a immédiatement reçu un coup de fil d'Aulas lui demandant de rester pour veiller à la santé des siens, Aulas, il avait tout entendu parce qu'il était au téléphone avec Ribéry au moment de l'incident. D'ailleurs, ça avait donné une autre crise, Thiriez a crié (enfin, il a dit très fort) d'arrêter de pas respecter les règles car ça risquait de l'énerver et qu'alors, il va s'énerver et sera énervé. C'est sûr que de telles menaces, ça lui fout les miquettes, à Aulas.
Domenech a fini par avoir le silence en nous menaçant de diffuser l'émission de sa femme avec Francis Lalanne mais Duluc, qui était déguisé en plafonnier, a promis d'écrire un article dénonçant les mauvais traitements dont nous sommes victimes. Là, Ribéry a dit qu'en plus, on doit jouer avec Govou, Sagnol s'est énervé et lui a crié en allemand de se taire, Ribéry a répondu qu'en tant que presque lyonnais, il l'envoyait à moitié se faire foutre, puis ils ont commencé à se battre avec les béquilles de Cissé. Comme il avait prévenu, Domenech a allumé la télé et il a obtenu sans problème le silence, même lui était pétrifié : on voyait une femme nue se faire fouetter dans un cimetière avant de boire son sang mélangé à un oeil de mouton, mouton enculé par un homme à tête de taureau et au torse lacéré dont les cicatrices saignantes écrivaient J'adule Satan en araméen. Nous, au début, on se disait que décidément, ils exagèrent, les Hollandais, mais en fait, ce n'était pas 100% Foot, Domenech s'était gouré de chaîne et on voyait là un clip de Mylène Farmer. Il a fallu le temps que certains aillent vomir (sauf qu'il y en a qui ont fait semblant d'aller vomir et qui en ont profité pour s'éclipser en douce) pour reprendre. Domenech a voulu nous refaire le coup de l'histoire, il nous a dit que les Espagnols nous font chier depuis trop longtemps, et ce, depuis Charlemagne. Ribéry, il était convaincu, il s'est levé et a crié, en se frappant frénétiquement le poitrail, qu'on allait venger Thierry Roland et son cor au pied qu'il s'était fait dans un rince-veaux. Lui, sur le terrain, il fatigue les autres à force de courir partout et bien avec nous, c'est pareil, avec son hyperactivité, il commence à nous rendre las. Mais alors, las, las, las, las. Il paraît qu'en 1998, c'était la même chose avec Diomède, d'ailleurs, c'est de là que ça vient, le I will survive comme hymne. Bon, cela dit, ce sont les histoires de Wiltord, il nous a peut-être raconté des cracks. En plus, il n'y était pas, en 1998.
Pour ce qui est du match, Domenech ne voulait pas donner sa composition d'équipe et Aragones non plus. Nous, on ne s'inquiétait pas trop, on n'avait que trois gars qui se demandaient s'ils joueraient ou non, mais côté espagnol, ils ont un vrai banc de touche, alors ils commençaient à un peu s'effriter. C'est Aragones qui a tiré le premier, il a diffusé une feuille de match en 4-1-3-2 alors Domenech a immédiatement réagi en disant qu'on jouerait en 4-2-3-1 classique avec Malouda et Ribéry sur les côtés. Illico, il y avait Joaquin, qui a tout écouté à la porte, qui a rapporté à Aragones qui a réagi en annonçant un 3-4-2-1 avec Torres seul en pointe, mais Domenech, qui avait dépêché Landreau dans le rôle de l'observateur, déguisé en gamin à qui on doit tenir la main pour rentrer sur le terrain quand on est titulaire. Alors, Domenech a décidé de mettre un 3-4-1-2 en ajoutant Boumsong, en collant Malouda et Sagnol sur les côtés et Saha avec Henry devant. Immédiatement, Aragones a modifié ses plans en mettant Raul en libéro, deux gardiens titulaires et une ligne de six devants dont Morientes, Torres Mestre et Gento. Tout de suite, Domenech a changé de tactique, il nous a alors concocté un 4-3-4-1, sans gardien et avec un qui doit se camoufler dans la pelouse pour ne pas que les arbitres ne le remarquent, Gallas arrière gauche (dans tous les sens du terme), Malouda arrière droit, une charnière Chimbonda - Michalak, Silvestre milieu gauche pour combiner avec le 10, Saha, et moi en inter demi centre arrière, je lui ai demandé en quoi ça consistait, il m'a répondu que je serais une sorte d'ailier du centre. Finalement, on a entendu Aragones pousser un sonore "Frances de mierda !" et il a donné une composition définitive. Domenech, il a su alors qu'il venait de gagner une bataille tactique et a remis son équipe du début.
Maintenant, il restait à tout concrétiser sur le terrain, et ça n'était pas gagné, Thuram surtout était très fébrile car il n'avait pas fermé l'oeil de la nuit, à cause de visions du fantôme de Pedro Munitis dans sa chambre. On a eu une belle occase, quand même, avec un débordement de Henry sur le côté droit, il centre et Ribéry et Vieira qui se mettent d'accord pour feinter le tir. Le seul problème, c'est qu'ils ne se sont pas mis d'accord sur celui qui tirait, on est encore passé pour des charlots. En plus, à force de multiplier les petites fautes, c'était couru qu'on allait avoir un penalty, et on en a pris un. Alors, quand on a vu que Raul n'osait pas, Ribéry a chanté "Raul, il n'a pas d'organeuh", Gallas a fini par creuser un cratère à force de donner des coups de poings à la pelouse d'énervement et Sagnol a pris le poteau de corner et a foncé des les tribunes pour l'enfiler dans Youri Djorkaeff qui répétaient à tous les gens qui passaient à porter de lui que lui, il avait réussi à empêcher Raul de marquer en le vaudousant. Sagnol a fini par être ramené sur la pelouse par le service d'ordre car, en poursuivant le chanteur de Vivre dans ta lumière, il a doublé des gens dans une file d'attente. D'ailleurs, Djorkaeff a essayé d'en profiter pour rentrer sur le terrain lui aussi mais Domenech s'est occupé de son cas en le forçant à lire sa biographie, du coup, Djorkaeff, il a découvert plein de trucs sur lui-même. Heureusement, Ribéry a égalisé avant la mi-temps, c'était une passe en profondeur, Henry a regardé le juge de touche qui lui a fait non en rigolant pour lui dire qu'il était encore plus hors-jeu que Cissé ne pourrait l'être maintenant, du coup, il s'est senti redevenir le grand leader qu'il est à Arsenal, il a exhorté Ribéry à aller au bout de l'action tout seul "go on alone, Chucky !" (oui, avec ce réflexes, il parle en anglais en ne faisant pas gaffe au nom). Et Ribéry, il a couru encore plus que Vieira depuis qu'on le fait traiter par des médecins compétents (personnellement, ça fait longtemps que je n'en avais pas vu en vrai), il a baladé Casillas, il voulait dribbler les défenseurs espagnols qui étaient revenus mais il était pris par l'élan alors il a tiré et marqué direct. Après, il était toujours sur son élan, il a atterri sur notre banc, nous, on s'était levé pour l'empêcher de se fracasser le crâne sur le toit du banc et on l'a retenu. Astorga s'est alors exclamé que c'était super de voir un tel esprit d'équipe, alors on a fait comme si et on l'a secoué la tête pour le remercier (et puis, avec lui, c'est bon, ça ne risque rien) à part Trezeguet qui s'est défoulé en lui mettant de grosses bourrades comme si c’était Domenech.
Au retour des vestiaires, Domenech, il a fait ce qu'il préfère dans le métier de sélectionneur : n'importe quoi. Il s'amusait à tous nous envoyer s'échauffer à tour de rôles, même Landreau, mais tous, sauf Coupet. L'autre, il lui a lancé à un moment un regard de chien battu (mais de chien très con, aussi) et Domenech a répondu que Landreau, c'est au cas où il y ait des penalties, mais il n'a pas précisé s'il pensait à lui comme gardien ou comme tireur. Quant au match, oh, le délire ! Déjà, Sagnol était tout fou, il taclait sans arrêt, même les Français, et en plus, en ne faisant pas de fautes. Il était tellement bon et tellement fier de l'être qu'il a dit que, définitivement, son prédécesseur pouvait fermer sa gueule et retourner à sa pauvre vie de connard grabataire. Du coup, Thuram lui a fait la tronche pendant toute la soirée, allez savoir pourquoi (encore que ça m'étonnerait qu'il eût Angloma, Mendy ou Candela dans la tête). Trezeguet, lui, il avait une façon à lui de s'échauffer, il était à l'affût du moindre ballon qui sortait pour le rendre instantanément au ramasseur et je ne sais pas comment il faisait, mais il était à chaque fois à l'endroit exact où le ballon arrivait, impressionnant. A un moment aussi, il y a eu une embrouille avec Aragones, qui a commencé à chambrer tous les français qui passaient près de lui, mais nous, on n'est pas tombé dans le panneau, avec Ribéry, on a l'habitude des vannes pourries en rafale. Même moi, quand il m'a dit que je ressemblais à Puyol en moins bien coiffé, je me suis contenu, je ne dis pas que c'était facile, mais je me suis contenu. A l'arrivée, le seul qui a craqué et a cédé à la provocation, c'est Domenech. Aragones venait de lui dire que s'il n'avait pas fait de changement, c'est parce que les remplaçants seraient moins bons que les titulaires, même morts. Et ce pignouf de Domenech, à défaut de lui faire un tacle à la carotide, il s'est aigri comme un enfant de qui on se gausse à cause des dents de lait en moins, il a fait entrer Govou. Oh, putain, le con ! Mais quel con ! Là, ça n'a pas eu de conséquences graves, mais quand même, contre d'autres, ça va aller très pour nous, ce genre de conneries. En plus, Trezeguet, il a rentré la tête entre les épaules et marmonné un truc, il paraît qu'à l'envers et en mélangeant les langues, ce sont des insultes, mais bon, tant que ce n'est pas sûr, hein ...
Et puis, en fin de match, Vieira a marqué. Normalement, c'est Gallas au second poteau sur les coups de pied arrêtés (donc, ça fait fuir les oiseaux, ça fait trembler les abeilles, ça part dans les nuages et éclipse le soleil) mais là, il était occupé à vérifier que ses couilles étaient encore en place donc c'était Vieira qui s'était placé là et, comme Casillas n'a pas eu la présence d'esprit de repousser sa tête derrière la ligne, ça a fait but. Dans la foulée, il y a eu un éclair, Zidane, qui était par terre en train de cracher ses poumons, les bras en croix et une trace de crampon au flanc, s'est relevé et est entré en transe extatique. Il a crié qu'il devait porter la belle parole de Lui aux quatre coins du monde, il nous a repoussé en nous disant de ne pas le toucher (à part pour Sagnol qui ne le croyait pas, que c'était le vrai Zidane, et qui pensait que Laurent Battles venait d'entrer sur le terrain), puis il a pris le ballon et a baladé la défense adverse avant de marquer. Et là, il a été beaucoup moins divin, il s'est dressé sur les pancartes publicitaires et criant : "putain de saloperie de nom de Lui ! Comment je leur ai fumé la chatte de leurs mères, à ces fils de putes ! Alors, c'est qui le vieux con, hein, sacs à foutre !" J'ai comme l'impression qu'il était à cran, jusqu'à ce but. Après, c'est la fête, on était tous contents. Et même les inutiles, on avait quand même vu un beau match et puis, on ne sait jamais, si on rapporte la Coupe, nous aussi, on aura le droit à la médaille, le défilé sur les Champs-élysées, la Légion d'Honneur, la Croix de Guerre, le rab de vacances, la une de Public, les réductions d'impôts et le droit de taper dans la caisse. Ça peut être utile à l'usage.
En attendant de danser la Carioca. Gaël."
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