Dans l'autre capitale de la Bretagne, cette terre qui a vu naître les fleurons du journalisme sportif que sont Charles Biétry et Jean-Paul Olivier, les monégasques se rendent pour essayer de se refaire un moral après avoir été terriblement abattus par l'élimination en Coupe Brioche Pasquier à Colmar. C'est en effet dans un état de désolation mentale, au bord du suicide, de honte d'avoir subi un tel camouflet que les principautaires se sont retrouvés. Il n'y a pas de doute, c'est la crise, les mouchoirs sont de sortie, tous ont conscience de la faute professionnelle et de l'échec cuisant qu'est en train de faire accoucher cette saison. Toute cette tristesse dans leurs rangs est vivissime et ...
Eric : "Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Moi, je vais très bien."
François : "C'est vrai, ça fait mal sur le coup, mais bon, ce n'est pas la peine d'en rajouter, on va perdre d'autres des matches, faut pas s'inquiéter."
Bon, d'accord, on ne peut même plus présenter un match de façon dramatique sans être interrompu, OK, je vais faire soft. Donc, Rennes reçoit Monaco pour un match de ventre mou entre Bourillon et Vieri, tout le monde s'en branle, d'ailleurs, les joueurs aussi ne semblent pas particulièrement remontés, tellement ils s'en carrent de ce championnat (qui vaut quand même 600 millions d'euros, au Juste Prix, une telle vitrine, ça fait envie). Ça ira comme ça ?
Eric : "Ça va, pas la peine de prendre la mouche, non plus."
Gnagnagna, j'écris ce que je veux ! A l'arrivée au Stade de la Route de Lorient (et après avoir rejeté la demande de Christian de faire un détour par la rue de la Soif), surprise, un glorieux ancien (de Valence, dans la Drôme) se charge de l'accueil avec un collègue à lui, qui venait de tabasser un marchand de kebab en hurlant qu'il paye pour tous les autres.
Olivier S. : "Oyez, braves gens, anciens camarades !
Ce soir, derby de la panade,
Nous vous accueillons gracieusement
Que les joueurs brillent au firmament !"
Eric : "Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Pourquoi il parle comme ça ?"
Gaël : "C'est depuis qu'on lui a dit qu'il rentrait à Rennes, ça lui a fait un choc."
Guillaume : "À tous les coups, c'est un traumatisme ancien qui lui est remonté dans son inconscient. Parfois, les vieilles souffrances ressurgissent quand on ne s'y attend pas, je l'ai lu dans Vivre sa déprime avec joie, de Jacques Salomé."
Eric : "Ah ouais, en fait, il ne voulait pas rentrer à Rennes parce qu'il a pu juger sur place du niveau réel de l'équipe. Ça se tient."
Gaël : "Puis vous lui dites n'importe quoi, il vous répond comme ça, en plus. Ça doit vraiment être dur, de jouer à Rennes."
Camel : "Pour Toifilou, c'était ça, aussi ?"
Gaël : "Lui non, je pense que c'est d'origine."
Eric : "Hep, Olivier, comment vas-tu ... yau de poêle ?"
Olivier S. : "Les calembours et les sarcasmes
Inévitablement reviennent au galop
Quand le poète sort de son marasme
Pour répandre sa poésie des mots."
Eric : "Putain, pourquoi ça ne lui était pas arrivé avant, ce truc ? On a loupé de bons moments !"
François : "On peut toujours se rattraper. Alors, tu as trouvé des crêpes, à Rennes ?"
Gaël : "C'est nul, là, quand même."
François : "Désolé, je n'ai pas travaillé ça alors j'improvise en catastrophe."
Olivier S. : "Ce n'est point pour compter fleurette
Que sommes présents pour votre arrivée
Moi et mon coéquipier helvète
Mais pour vous dire d'aller vous faire ..."
François : "Ça va, ça va, on a compris."
Alexander : "Alors, vous êtes prêts pour ce soir ? En ce moment, nous, ça ne va pas fort, on a un peu un niveau CFA. Vous savez ce que c'est, la CFA ? C'est juste au-dessus de la CFA2, là où il y a Colmar."
Eric : "Je croyais que Colmar, c'était en Alsace."
François : "Mais ... il ne se foutrait pas notre gueule, lui ?"
Alexander : "Non, tu crois ?"
François : "Oh, sur un autre ton, l'émental ! Alors comme ça, je suis un Corse, donc trop fainéant pour réfléchir, on peut s'attaquer, c'est bon, ce n'est pas grave, c'est un sous-homme. Moi, je suis fier de mes racines, de mon pays, de mon peuple."
Alexander : "Eh, c'est parce que je suis Suisse que tu te permets de me parler comme ça ? C'est sûr, je suis brésilien ou italien, je suis une star du foot, là, je ne suis qu'un petit Suisse qu'on peut railler, alors on se prive pas."
François : "Parce que je suis Corse, donc je n'est pas le droit de me moquer d'un autre ? Un Corse n'est juste bon qu'à se taire et subir ? Et bien nom, je refuse, je ne me laisserai pas faire par des exploitants de ce genre !"
Alexander : "Ah oui, Suisse, banquier, mafieux, exploitants, évidemment ! Vous les Français, vous êtes tous les mêmes !"
François : "Mais ... mais ... mais ... il m'a traité de français, là ! Mais tu ne sais pas à qui tu t'attaques, là, Alexander !"
Alexander : "C'est Monsieur Frei, d'abord !"
Finalement, les deux excités sont séparés par le bagad de Plouermec, venus là pour faire l'animation d'avant match mais qui a donc eu une véritable utilité, pour une fois. Le match ? Bof, de la Ligue 1 Orange. Finalement, les monégasques se relancent en gagnant 3-1 grâce à un doublé de Christian (qui en a profité pour dire à Marco que son doublé montrait un talent technique supérieur à ce que tous ces buts de bourrin pouvait exposer) et un but d'Olivier V. pour mieux enfoncer des bretons qui se firent fouetter après le match car, s'ils avaient eu leur lot de sueurs et de larmes, il y avait un déficit en sang.
Gérard : "Psst, je peux vous parler ?"
Francesco : "Tiens, vous êtes encore là, vous ?"
Gérard : "Ouais, en fait, j'avais deux-trois trucs à finaliser avant de me barrer en séminaire de repos. Au fait, désolé pour cette défaite, mais là, j'ai un truc urgent à ..."
Francesco : "Défaite ?"
Gérard : "Ben, on vient de perdre, là. Enfin, vous venez de perdre, car ce qui est du ressort du sportif ne me concerne pas dans le domaine de la responsabilité, c'est de votre faute, quoi."
Francesco : "Ben non, on vient de gagner 3-1."
Gérard : "On ne joue en rouge, d'habitude ?"
Francesco : "Comme Rennes joue déjà en rouge, on a joué en blanc, comme à chaque fois."
Gérard : "Ah bon ? Donc on a gagné, en fait ?"
Francesco : "Oui, mais ce truc urgent ?"
Gérard : "Ah oui. Donc, ce qu'il y a, c'est pour la Coupe d'Europe (en fait, c'est Ettori qui m'a rappelé qu'on y était encore, je croyais qu'on avait été éliminés contre Séville mais bon), on peut inscrire les nouveaux joueurs mais en fait, c'est hyper compliqué. Il y a un règlement bourré d'articles plein de mots, j'ai mis une semaine à le comprendre avec des histoires de joueurs qu'on déjà joué avant avec d'autres et des quotas. En fait, j'ai demandé à Pastor de me l'expliquer mais il m'a dit d'en engager le bon nombre pour la forme et de prendre les autres en loucedé comme il fait dans sa boîte, mais à mon avis, ça risque de se voir alors je suis allé voir Ettori mais il n'était pas là. Enfin, j'ai cru qu'il n'était pas là mais on m'a dit après qu'il était là mais que les chaises ne sont pas réglables et que du coup, il est caché par son bureau. Faut dire, qu'est-ce qu'il a besoin d'un bureau, celui-là, ce n'est quand même pas son travail qui le nécessite ? Moi, à chaque fois, je taxe les affaires des autres et ça ne m'empêche pas de bien accomplir ma tâche."
Francesco : "Bon, c'est quoi, le problème ?"
Gérard : "On peut inscrire Dos Santos et Licata sans problème, mais il faut choisir entre Vieri et Di Vaio. Encore que je n'ai regardé si Licata a déjà joué en Coupe d'Europe cette saison, merde, si ça se trouve, le bonhomme qu'on a pas le droit d'inscrire, ça peut être lui et on peut avoir Vieri et Di Vaio. Il faudra que je vérifie. Encore que je ne sais plus si c'est un bonhomme qu’on n’a pas le droit qu'on peut quand même ou un qui fait l'inverse. Vous voyez ?"
Francesco : "Difficilement, mais je vais me démerder."
Gérard : "Moi, je dis ça, mais en fait, j'en sais rien, je n'ai pas pensé à regarder si l'Intertoto, ça compte. Sinon, ça se joue entre Licata (s'il a joué, je vous ai dit que j'ai une recherche à faire là-dessus) et Vieri."
Francesco : "Je verrai ça à tête reposée, ça vaut mieux, mais envoyez moi le règlement. Au fait, c'est pour dans combien de temps, la réponse ?"
Gérard : "Ben, pour le règlement, c'est à dire que je l'ai su par la femme de ménage qui a entendu Ettori et Olivier Rey en discuter à la machine à café, donc je ne peux pas trop vous aider là-dessus mais si vous chercher sur Google, vous devriez trouver. D'ailleurs, je me demande bien ce qu'il faisait là, l'autre, il ne me semble pas qu'on lui ait donné un poste, ce n'est pas son métier. Quoique après tout, journaliste non plus et ça ne l'empêche pas, c'est quand même dingue ces incompétents qui ne réussissent pas et qu'on laisse en place !"
Francesco : "À qui le dites vous ! Donc, la deadline ?"
Gérard : "La tête quoi ?"
Francesco : "La date limite pour ma réponse."
Gérard : "Ah ! En fait, j'en ai besoin assez vite vu qu'il faut envoyer les papiers avant hier minuit (mais ne vous inquiétez pas, je vais plaider le décalage horaire) et que de toute façon, je suis en stage de récupération intensive par l'atravail à partir de dans une semaine mais je tiens à arriver en avance par respect pour eux. Et puis, je représente le club, alors autant faire bonne impression."
Francesco : "Vieri."
Gérard : "Vous êtes sûr ? Vous ne voulez pas demander l'avis d'Ettori ou de Banide ? Vous ne voulez pas sonder les joueurs ? Vous ne voulez pas un pile ou face ?"
Francesco : "Vu ce qu'a fait Di Vaio et ce qu'a fait Vieri ... Enfin, au tableau d'affichage, j'entends, c'est sûr que dans le jeu, il n'y a pas des masses de différences."
Gérard : "C'est votre dernier mot ?"
Francesco : "C'est mon dernier mot, ducon."
Gérard : "Je valide la réponse Di Vaio."
Francesco : "Hé non, j'ai dit Vieri !"
Gérard : "Ah merde, j'ai déjà remplis le bordel avec Di Vaio ! Ah, tiens, non, j'ai mis Vieri. Bon, ben, ça va alors. Faut dire que je suis vachement fort dans les actes manqués de l'inconscient."
Francesco : "Bien. Sinon, votre histoire de recherche que vous alliez faire, c'était du vent ?"
Gérard : "Franchement, si je vous avais dit que je n'ai rien branlé pendant un mois et qu'on vient de me rappeler ça et que je n'avais pas envie de me fader des textes imbittables écrits en polono-turc (en fait, c'est mon ordi, enfin, celui d'Ettori, qui me refuse le site en français de l'UEFA), ç'aurait fait professionnel ? La présentation, c'est capital, à ce niveau."
Francesco : "On va dire que j'ai un sixième sens, alors."
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